Conférence: Que mangerons-nous en 2020?

Que mangerons-nous en 2020? Une question à laquelle nous avons essayé de répondre lors de la conférence-débat sur ce thème à l'Espace Senghor (Gembloux). La conférence était organisée dans le cadre du 150ème anniversaire de la Faculté universitaire des sciences agronomiques de Gembloux. Le prochain rendez-vous aura lieu le 18 novembre à l'espace Senghor et aura pour thème principal: La demande guide l'innovation (20€).

Dans la première partie, le CRIOC, représenté par son directeur général Marc VANDERCAMMEU, nous a présenté la vision du consommateur sur l'agriculture wallonne. Le produit agricole wallon est perçu comme étant de bonne qualité, disponible toute l'année mais chère. Or, le premier critère d'achat est le prix. Toutefois, la tendance actuelle montre que les consommateurs se tournent de plus en plus vers les circuits de vente courts. Le consommateur porte une attention de plus en plus importante au respect du bien-être animal, de l'environnement et d'un prix juste.

Une conclusion importante de cette étude est que l'image qu’a le consommateur belge de l'agriculture est confuse et contradictoire. En effet, bien qu'il ait l'image d'un agriculteur sensibilisé aux problèmes environnementaux, il affirme d'autre part que l'agriculture fait une utilisation irraisonnée de produits phytosanitaires. De même, il prétend que la production végétale et horticole wallonne est soucieuse du bien-être animal (alors qu’il est question de production horticole!) et des conditions de travail. Le consommateur ne sait plus ce qu'est la production agricole et n'a plus aucune idée ni du coût de production ni du prix "juste" d'un produit. Le prix qu'il sera prêt à mettre dépendra du rapport qu'il a à ce produit (on peut payer chère pour du roquefort mais refuser de donner plus de 0,5€ pour un jus de fruit). M. Vandercammeu insiste sur l'importance de la communication vis-à-vis des produits agricole wallons afin de véhiculer l'image que ce sont des produits de qualité et leurs donner une valeur intrinsèque(?).

A la question de savoir qu'elle est la politique de communication et de promotion de la Région Wallonne (RW) sur les produits agricoles, Damien WINANDY, directeur de la Direction Générale Opérationnelles Agriculture, Ressources naturelles et Environnement répond par deux points:

  • La RW valorise les initiatives locales et les circuits courts espérant ainsi sensibiliser un maximum de personnes par le bouche-à-oreille
  • Il existe une agence de la promotion de l'agriculture et diverses initiatives sont développées en RW pour valoriser les produits agricoles wallons.

A la suite de cette présentations, 5 agriculteurs sont venus nous présenter leur histoire heureuse de production ou de reconversion vers un commerce à circuit cours:

  • La boucherie à la Ferme s.p.r.l est dirigée par Léonard BERTRAND. Elle est située à Pondrôme (Wallonie). Cette s.p.r.l est d'une part une ferme d'engraissement et d'autre part une boucherie. M. Bertrand a conçu sa propre ration alimentaire et est fière de pouvoir expliquer l'histoire de ses produits à ses clients. Ces clients sont des locaux mais aussi des personnes venant de plus loin venant pour la qualité et le goût.
  • La ferme du Raz Buzée est dirigée par Frédéric BLAIMONT et ses parents. Elle est située à Gerpinnes. L'exploitation à pour objectif principale la production laitière (110 bêtes) mais ils ont aussi 23 ha de culture. Lorsque M. Blaimont est revenu à la ferme après ses études, il fut nécessaire de trouver de nouveaux revenus. Ils ont décidé de transformer leur lait à la ferme pour en faire du fromage. 90% des fromages sont vendus en circuit court à la ferme. Ils participent à des concours afin de comparer leurs produits, d'acquérir une certaine renommée et de faire de la publicité. Ils ont ainsi étendu leur clientèle à celle de Charleroi. L'exploitation ne produit pas en bio car, pour M. Blaimont, le bio ne peut pas nourrir tout le monde.
  • La ferme du Pavé est dirigée par Alain BOUDREZ. Après avoir repris la ferme de ses grands-parents en 1997, il a diversifié la production en 2001 afin de rester viable. A la base il était laitier et s'est tourné vers la production horticole. La fraise est un produit d'appel (les personnes venant pour les fraises ressortent toujours avec d'autres produits) c'est pourquoi il a développé cette culture. En participant à des concours et aux journées ferme-ouverte, il a étendu sa clientèle à Charleroi.
  • Toubio est dirigé par André LEFERVRE, sa femme et deux de ses enfants. Cette exploitation horticole bio est aujourd'hui une entreprise employant 11 saisonniers. Installé à Wanfercée-Baulet, ils produisent en bio depuis 1980. Ils ont commencé à petite échelle et cultivent aujourd'hui 36ha dont 25 ha de maraîchage et 11 ha d'arboriculture fruitière (pommes et poires). Le maraîchage est diversifié avec plus de 50 références. Ils travaillent en collaboration avec Agro Bio-Tec Gembloux. Convaincu que le bio ne se développera que si la communication est efficace ils ont développé des filières courtes pour la vente de leurs produits afin de favoriser le dialogue. Leur clientèle ne cesse d'augmenter. Avant la clientèle était un public averti. Aujourd'hui ce sont plus des jeunes couples avec enfants connaissant l'exploitation par internet, pour le bouche-à-oreille ou par des revues spécialisées. Ils ont développé plusieurs filière de ventes:
    • Petit magasin local
    • Travail avec Delhaize
    • Paniers Bio: En moins d'un an ils se sont établis dans 13 points de ventes de paniers (personnes les ont contactés) représentant 450 à 500 paniers. Ces paniers sont essentiellement distribués sur Brxelles. M. Lefervre insiste sur l'importance de la présentation des paniers bio. Les gens mangent peut-être bio mais ils mangent avant tout avec les yeux!
    • Création d'une plateforme Bio avec le Groupement des Producteurs de Fruits et Légumes (GDFL).
  • La ferme artisanale Vermeiren-Lories est situé à Bouseval (près de Bruxelles). Lorsque qu'il à repris la ferme à ses parents, la production était essentiellement l'engraissement porcin mais avec la chute du prix des porcs, ils ont tout arrêté. Ils ont acheté 3 vaches et ont commencé la production de beurres et de fromage. Par la suite, sa femme décide de produire des fraises pour leur consommation personnelle mais la demande étant de plus en plus forte, ils décident d'agrandir la production. Aujourd'hui ils ont 50 pieds et n'agrandiront pas pour des raisons de main d'œuvre pour les récolter. Toutes sont vendues localement. Les fraises n'occupant qu'une partie de l'année, ils ont décidé de produire des tomates et ensuite de participer à des foires agricoles pour finalement se convertir en ferme pédagogique. Cette conversion est contraignante mais très intéressante.

Les clients de ce type d'exploitation viennent pour la qualité et le goût. De manière générale le circuit court leur apporte de nouveaux revenus mais surtout une reconnaissance directe de la part du consommateur ce qu'ils n'avaient pas en passant par des intermédiaires. Cette reconnaissance n'a pas de prix!

 

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