Origine du projet

Origine du projet

L'urbanisation des populations s'est accélérée au cours des dernières décennies, en Europe comme dans le reste du monde. Ceci pose des défis sans précédents en termes de développement durable. Aux questions de transports, de disparition des patrimoines naturels et culturels, d'énergie, etc., se greffent des enjeux de sécurité alimentaire. Le projet entend répondre à ces enjeux.

 

Problématique rencontrée (constat, diagnostic, étude, observation)

Les villes ont plus que jamais besoin de potagers durables

Dans un contexte européen marqué par l’émergence d’une politique des villes durables[1], les initiatives contribuant à rendre les villes plus durables rencontrent une popularité sans précédent. On peut citer en région bruxelloise : la politique de revitalisation des quartiers sensibles conduite par la Région ; l'importance croissante des critères d'environnement et de qualité de la vie ; la généralisation des Agendas Iris 21 comme à Anderlecht ; le Cluster Ecobuild de BrusselsGreenTech ; le concours Bâtiments exemplaires et l'opération Quartiers durables (Bruxelles Environnement) ; les utopies vertes de l'exposition Vegetal City au Musée du Cinquantenaire (Luc Schuiten, 2009).

Si l’éco-construction et ses multiples applications énergétiques ont trouvé de puissants relais officiels et opérationnels à Bruxelles ces dernières années, on ne peut pas en dire autant des potagers urbains durables.

 

La liste des bénéfices que l’on peut attendre des potagers urbains est longue

Ces bénéfices concernent l’environnement naturel, tel que le recyclage local des déchets organiques, la filtration des polluants aériens, l’amortissement des précipitations extrêmes par les sols végétalisés, la production d’habitats favorables à la biodiversité et à la qualité paysagère, la réduction des transports d’aliments et de déchets. Ces bénéfices concernent aussi l’environnement socio-économique avec la provision d’opportunités éducatives et de réinsertion socio-professionnelle, la création d’emplois, l’amélioration de la sécurité alimentaire et de la qualité des produits frais, le rôle de medium social joué par les plantes du potager.

 

Les potagers urbains actuels ne répondent pas aux enjeux identifiés

L’utilisation économique du potentiel potager reste extrêmement timide à Bruxelles et en Belgique, alors que les initiatives se multiplient outre-Atlantique et outre-Rhin [Cook et al. 2008, IGRA 2009, Pouw 2008, San Francisco Food Systems 2005]. Comme avec les principes de l’éco-construction, on peut avancer qu'en Belgique et dans le Sud de l'Europe « de multiples barrières expliquent ce manque d'audace : ignorance, idées fausses, manque de temps, vision économique à court terme, manque d'incitants publics... Il faut changer cela » [Bruxelles Environnement et al. 2009, p. 6].

Les potagers bruxellois sont encore populaires mais la rapidité de leur déclin est notoire et résulte en grande partie de la pression immobilière ainsi que du statut incertain accordé aux potagers urbains en termes légaux et pratiques. De fait, l’usage des potagers urbains n’est plus nécessairement orienté vers la production alimentaire comme il a pu l’être dans le passé. De nombreuses initiatives potagères voient le jour mais leurs objectifs affichés de « socialisation », de réinsertion voire d’environnement sont souvent utilisés pour justifier une certaine modestie, sinon un rejet explicite, de leurs ambitions technico-économiques.

Le manque de structuration pratique et technique des potagers urbains nourrit une critique rencontrée de façon récurrente au cours du diagnostic de l’activité potagère bruxelloise dressé par Eco Innovation.[2] Cette critique est explicite dans un certain nombre de documents de référence pour l’aménagement territorial tels que le Plan Communal de Développement de la Nature d’Anderlecht.[3] Cette critique est avancée comme un facteur d’échec ou de stagnation de nombreux projets d’agriculture urbaine.

Admettre l’existence de règles de base de l’agriculture (usage du compost, biostimulation du sol, etc.), intervenir dans les successions écologiques spontanées, et même répondre à la demande des consommateurs, font partie des nécessités fondamentales de l’agriculture que les nouveaux jardiniers urbains ne reconnaissent pas toujours. L’utilisation de la vocation « sociale » de certaines initiatives potagères pour justifier un désintérêt marqué vis-à-vis de questions aussi fondamentales est contestable car elle pérennise le mythe d’un dualisme irréconciliable entre le social et l’économique. Or c’est bien cette réconciliation, entre autres, que le développement durable vise.

 

Les potagers mixtes comme vecteurs de dynamique alimentaire durable

En matière d’agriculture urbaine, le potager mis en place sur la Rue de la Rosée dans le cadre du Contrat de Quartier « Lemmens » en 2010 (700 m2 (7 ares)) reste une initiative sans équivalent à l’échelle régionale. Nous proposons de qualifier ce concept de potager de « mixte » car il repose sur l’intégration spatiale de pratiques potagères amateures et professionnelles. [4]

Les jardiniers « amateurs » sont des habitants du quartier et des membres d’associations locales qui louent des bacs prêts à la culture pour une somme symbolique, et qui les cultivent pour l’autoconsommation, en respectant une charte. Les jardiniers « pros » sont des employés d’Eco Innovation (et de la coopérative Vert d’Iris à partir de 2011) qui cultivent dans une visée commerciale, avec cependant une mission de soutien aux jardiniers amateurs : accueil, conseil technique, accompagnement, fourniture d’outils et d’un quota de plantes.

Cette mixité stimule l’engagement des amateurs dans la production potagère. Les produits frais des professionnels sont écoulés localement. Amateurs et pros s’emploient à améliorer l’intensité éco-fonctionnelle de leurs pratiques potagères, c’est-à-dire les synergies que l’on peut obtenir entre les composantes de l’agro-écosystème. Entre autres caractéristiques techniques, les potagers proposés par le projet sont biodiversifiés c’est-à-dire qu’ils mettent l’accent sur la diversité biologique et son usage fonctionnel. La biodiversification fournit à des variétés et races anciennes, souvent exclues des systèmes de production en dépit de leurs qualités sanitaires, gustatives ou techniques, l’opportunité de retrouver un usage économique et commercial – et donc d’échapper à la menace de disparition.[5]

 

La Commune d’Anderlecht entend répondre à ces enjeux multiples

Le paysage urbain de Bruxelles comprend de nombreux sites inutilisés ou sous-utilisés totalisant des superficies importantes que l’on peut mesurer en dizaines de milliers d’ares. Ce potentiel est particulièrement bien représenté à Anderlecht. La seule zone de Neerpede, à Anderlecht, couvre par exemple environ 400 hectares où domine encore un paysage riche en patrimoine culturel et environnemental. Les services de la Commune d’Anderlecht, préoccupés par l’avenir de Neerpede, ont exposé des problèmes et formulé des demandes à Eco Innovation.

Le PCDN élaboré à l’initiative de la Commune [Anderlecht 2007] représente un diagnostic transdisciplinaire inédit des ressources disponibles pour le développement durable. Il met en avant la nécessité d’une approche intégrée à l’échelle communale et régionale, demande formulée de façon récurrente par les principaux responsables communaux consultés : bourgmestre, échevinat de l’urbanisme, échevinat de l’espace public, service du développement durable, etc.

Les responsables communaux, concernés par le cloisonnement institutionnel et le manque d’échange d’expérience entre communes bruxelloises, ont réitéré tout au long de 2010 le besoin crucial d’une gestion durable des ressources communales et de son intégration à l’échelle régionale. Dès janvier 2010, par exemple, M. Van Ingelgem, responsable communal de l’urbanisme, encourageait Eco Innovation dans l’idée de créer une structure de formation sur le périmètre de Canal Midi pour « promouvoir un renouveau agricole à Neerpede », en accord avec la Direction Régionale de la Rénovation Urbaine. Plusieurs membres du Collège échevinal ont relayé et accentué tout au long de 2010, cette demande d’approche intégrée, et notamment Mme Vanpévenage (instigatrice du PCDN) et M. Akouz (en charge du volet socio-économique des contrats de quartiers). Le Bourgmestre Van Goidsenhoven, chargé du développement durable, n’a pas caché son intérêt pour les projets d’Eco Innovation (intervention à la remise du prix Enterprize décerné à Vert d’Iris le 21 septembre 2010[6], inauguration de la Pépinière de la Rosée le 5 octobre 2010[7], etc).

 


[1] Voir par exemple le discours du Commissaire européen à la politique régionale Johannes Hahn en clôture de la 6ème conférence européenne des villes durables (http://www.dunkerque2010.org : http://www.lemonde.fr/planete/article/2010/05/24/la-commission-europeenne-veut-elaborer-une-politique-urbaine-durable_1362183_3244.html

[2] Pour plus de détails sur l’audit réalisé par Eco Innovation dans le domaine de l’agriculture bruxelloise, voir http://eco-innovation.net/blog/pv-atelier-27112009.

[3] [Anderlecht 2007]. Le document (p. 48-50), premier du genre dans une commune bruxelloise, répertorie sept jardins collectifs (totalisant 111 parcelles), et décrit dans chaque cas l’organisation et l’utilisation des matériaux comme « chaotiques ».

[4] Des images du potager sont en ligne sur http://www.eco-innovation.net/blog/evolution-de-la-pepiniere-de-la-rosee-en-2010 (diaporama et clips vidéo).

[5] Pour une référence bruxelloise sur les potagers biodiversifiés, voir par exemple Dombard [2009].

[6] http://www.eco-innovation.net/blog/vert-diris-distinguee-par-le-concours-enterprize-2010/

[7] http://www.eco-innovation.net/blog/le-bourgmestre-danderlecht-inaugure-la-pepiniere-de-la-rosee/

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